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Lorsqu’une société espagnole ne paie pas ses dettes, les créanciers français envisagent généralement les voies classiques du droit des entreprises en difficulté, comparables à celles du droit français (liquidation, responsabilité pour insuffisance d’actif, faute de gestion).
Le droit espagnol offre toutefois une voie supplémentaire, autonome et particulièrement efficace, relevant du droit des sociétés, qui permet, dans certaines circonstances, de poursuivre directement les administrateurs à titre personnel.
Il s’agit de la responsabilité des administrateurs pour dettes sociales, prévue aux articles 365 et 367 de la Ley de Sociedades de Capital (LSC).
1. Une singularité forte du droit espagnol
Contrairement au droit français, le droit espagnol reconnaît un régime de responsabilité :
- Directe et solidaire des administrateurs.
- Indépendante de toute faute de gestion au sens classique.
- Fondée sur le non‑respect d’une obligation légale de réaction face à une situation de crise de la société.
Ce mécanisme permet, sous certaines conditions, de transformer une dette sociale en dette personnelle du dirigeant, constituant ainsi un levier puissant de recouvrement pour le créancier.
2. La situation déclenchante : la cause légale de dissolution
La responsabilité peut être engagée lorsque la société se trouve dans l’une des causes légales de dissolution prévues par la loi espagnole, et notamment lorsque les pertes ont réduit les capitaux propres à moins de la moitié du capital social.
Dans une telle hypothèse, l’administrateur est tenu par la loi de convoquer l’assemblée générale dans un délai de deux mois afin de décider soit la dissolution de la société, soit l’adoption de mesures correctrices (augmentation ou réduction de capital, recapitalisation, etc.).
3. Le manquement de l’administrateur
Si l’administrateur ne convoque pas l’assemblée ou ne sollicite pas judiciairement la dissolution lorsque l’assemblée ne statue pas il engage sa responsabilité personnelle conformément à l’article 367 LSC.
4. Une responsabilité directe et solidaire pour les dettes sociales
Lorsque les conditions légales sont réunies :
- L’administrateur devient personnellement et solidairement responsable.
- De toutes les dettes sociales nées après l’apparition de la cause de dissolution.
Pour le créancier, cela implique :
- Aucune preuve de faute de gestion concrète à apporter.
- Aucune démonstration de lien de causalité individualisé.
- Possibilité d’une action directe contre le dirigeant.
- Une efficacité particulière lorsque la société est insolvable mais que le dirigeant reste solvable.
5. Une limite essentielle : une action strictement pré‑concursale
Cette action ne peut pas être exercée une fois qu’une procédure collective (concurso de acreedores) est ouverte contre la société.
Dès l’ouverture du concours :
- Les actions individuelles des créanciers contre les administrateurs sur le fondement de l’article 367 LSC sont suspendues ou irrecevables.
- L’examen de la conduite des dirigeants est alors exclusivement intégré au droit des faillites, notamment via :
- La calification du concours.
- Et, le cas échéant, la condamnation au déficit de la masse selon le droit concursal espagnol (TRLC).
En d’autres termes : le droit espagnol offre cette voie exceptionnelle uniquement avant l’entrée de la société en procédure collective.
6. Conséquence stratégique pour les créanciers
Cette particularité confère au régime espagnol une dimension fortement stratégique :
- Agir tôt, avant le dépôt de bilan, peut permettre :
- D’engager la responsabilité personnelle du dirigeant.
- De contourner l’insolvabilité de la société.
- Et d’obtenir un recouvrement effectif.
- Attendre l’ouverture du concours entraîne un changement complet de régime juridique, où :
- Le créancier agit dans un cadre collectif.
- Sans action individuelle directe.
- Selon une logique proche du droit français.
7. Comparaison synthétique avec le droit français

8. Conclusion
La responsabilité des administrateurs pour dettes sociales constitue :
- Une exception remarquable du droit espagnol.
- Un instrument particulièrement efficace pour les créanciers.
- Mais aussi un mécanisme soumis à une contrainte temporelle décisive.
Son efficacité repose sur une analyse précoce de la situation financière de la société et du comportement de ses dirigeants.
Une intervention rapide peut transformer un simple impayé en créance recouvrable sur le patrimoine personnel du dirigeant.
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